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Comment BAM gère la liquidité : du besoin (FALB) à la réponse (injections)

Le système bancaire marocain manque structurellement de monnaie centrale, et Bank Al-Maghrib comble ce besoin pour ancrer le taux interbancaire sur son taux directeur. Cette note décrit l'origine du besoin, les trois familles d'opérations qui y répondent, la place du Maroc parmi les régimes de liquidité dans le monde, et l'écart entre le montant injecté et le besoin proprement dit.

Le système bancaire marocain manque durablement de monnaie centrale, et Bank Al-Maghrib remet de la liquidité chaque semaine pour maintenir l'équilibre. Il ne s'agit pas d'un soutien ponctuel mais d'un déficit structurel que la banque centrale comble de façon continue.

Pourquoi BAM intervient (la cible opérationnelle)

La gestion de la liquidité n'est pas une fin en soi : elle vise à maintenir le taux interbancaire au jour le jour (le TMP, taux moyen pondéré) au plus près du taux directeur. En ajustant la quantité de liquidité offerte au système bancaire, la banque centrale oriente ce taux à très court terme, qui se transmet ensuite au crédit puis aux prix.

  • L'instrument est la liquidité, que Bank Al-Maghrib injecte ou retire.
  • L'objectif intermédiaire est d'ancrer le TMP sur le taux directeur.
  • L'objectif final est la stabilité des prix.

D'où vient le besoin

La mesure du besoin, à partir du bilan de Bank Al-Maghrib, et le détail de ses composantes font l'objet d'une note dédiée, les facteurs autonomes de liquidité (FALB). La présente note s'attache plutôt aux raisons pour lesquelles ce déficit est structurel.

  • La circulation fiduciaire est prépondérante. Le poids des espèces dans l'économie marocaine, lié à l'informalité et au change parallèle, en fait le premier facteur de ponction de la liquidité. En 2023, les billets en circulation s'élevaient à environ 370 milliards de dirhams, soit plus de quatre fois le déficit de liquidité de l'époque, et leur tendance demeure durablement haussière.
  • La saisonnalité est marquée, avec des pics de retraits d'espèces pendant le Ramadan, en été (où les devises des Marocains résidant à l'étranger et du tourisme jouent en sens inverse), à l'Aïd al-Adha et à la rentrée scolaire.
  • Les réserves de change jouent en sens inverse, puisque les entrées de devises liées aux transferts, au tourisme et aux investissements directs injectent de la liquidité et atténuent le déficit.

Le besoin est donc à la fois structurel et croissant : sa trajectoire est attendue autour de 131,7 milliards de dirhams en 2025 et de l'ordre de 169,4 milliards en 2027, principalement sous l'effet de la hausse de la circulation fiduciaire.

Circulation fiduciaireAvoirs extérieurs netsAutres facteurs (Trésor public et postes divers)Besoin mensuel (FALB net)
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Source : Bilan de Bank Al-Maghrib (Compte de patrimoine), mensuel.

Niveaux mensuels issus du bilan de Bank Al-Maghrib. Le besoin de liquidité (FALB net) se recompose à partir de ses composantes : la circulation fiduciaire, moins les avoirs extérieurs nets, plus les autres facteurs. Ces autres facteurs regroupent la position du Trésor public, c'est-à-dire le compte de l'État auprès de la banque centrale, et divers postes nets du bilan.

Déficit ou excédent : les régimes de liquidité dans le monde

Le cadre d'analyse est universel : toutes les banques centrales raisonnent en facteurs autonomes, comme les billets en circulation, les dépôts publics et les réserves de change, qu'elles opposent à leurs interventions. Ce qui varie d'un pays à l'autre n'est pas cette grille de lecture mais le signe du régime, déficit ou excédent structurel, et les causes qui l'expliquent.

  • Dans un régime de déficit, comme au Maroc et dans nombre d'économies émergentes, le déterminant principal est le poids des espèces : lorsque le cash pèse lourd dans l'économie, en raison notamment de l'informalité, les billets en circulation drainent structurellement la liquidité et créent un besoin permanent d'injection.
  • Dans un régime d'excédent, comme la zone euro depuis 2008, l'excédent n'a rien de naturel et résulte de la politique monétaire elle-même : les programmes d'achats d'actifs menés après 2008 ont injecté un surplus de liquidité durable, bien au-delà des réserves obligatoires, alors que le régime se situait auparavant près de l'équilibre ou en déficit.

Le déficit marocain n'est donc pas une anomalie mais l'un des régimes de liquidité possibles. Sa cause profonde, le poids des espèces et les besoins de trésorerie de l'État, le distingue à la fois des économies en excédent, où le surplus tient à des achats d'actifs, et des économies très bancarisées, où la part du cash est faible.

La réponse : trois familles d'opérations

  • Les opérations principales, hebdomadaires, constituent le canal central de l'ancrage du TMP. En situation de déficit, Bank Al-Maghrib injecte de la liquidité en prêtant à travers des avances à 7 jours ; en situation d'excédent, elle en retire à travers des reprises de liquidité.
  • Les opérations de réglage fin, ponctuelles et d'une durée inférieure à sept jours, comme la pension livrée ou les prêts garantis, permettent de lisser un choc imprévu, par exemple au moyen d'avances à 24 heures lors d'un pic de tension.
  • Les facilités permanentes, activées à l'initiative des banques, comprennent une facilité de dépôt qui fixe un plancher et une facilité d'avance qui fixe un plafond ; leurs taux délimitent le corridor à l'intérieur duquel évolue le taux interbancaire.

À titre d'illustration, en janvier 2023, l'encours d'intervention atteignait 101,9 milliards de dirhams, dont 56,6 milliards d'avances à 7 jours, 21,5 milliards de pension livrée à long terme et 23,8 milliards de prêts garantis à long terme, pour un besoin hebdomadaire de l'ordre de 87,3 milliards. Les opérations à long terme, d'une durée d'environ trois mois, sont rémunérées sur la moyenne du taux directeur, et les prêts garantis sont souvent adossés à des programmes de soutien au financement des très petites, petites et moyennes entreprises.

Cause et effet, et une nuance importante

La relation qui relie l'ensemble est une propriété du bilan de la banque centrale : les interventions de Bank Al-Maghrib ajoutées aux facteurs autonomes nets égalent les réserves des banques. Le besoin créé par les facteurs autonomes appelle ainsi une réponse de taille équivalente.

Deux fréquences à ne pas confondre

Un point de lecture important tient à ce que la fréquence à laquelle Bank Al-Maghrib opère diffère de celle à laquelle les chiffres sont observés dans les données.

Le plan où Bank Al-Maghrib opère

  • Les opérations principales et les avances à 7 jours sont hebdomadaires.
  • Le réglage fin est ponctuel, sur une durée inférieure à sept jours.
  • La pension livrée et les prêts garantis à long terme portent sur des durées d'environ trois mois.
  • Les facilités permanentes à 24 heures sont disponibles en continu, à l'initiative des banques.

Le plan où les données sont observées

  • Les facteurs autonomes (FALB) se lisent mensuellement, sur le bilan de Bank Al-Maghrib.
  • Le besoin de liquidité est communiqué par Bank Al-Maghrib sur une base hebdomadaire.
  • L'encours des injections, c'est-à-dire les instruments d'intervention, est suivi quotidiennement.

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