Les facteurs autonomes de liquidité (FALB) au Maroc
Pourquoi le système bancaire marocain présente un besoin de liquidité structurel, quels postes du bilan de Bank Al-Maghrib le déterminent, et comment ces facteurs s'articulent avec les interventions de la banque centrale.
Le système bancaire marocain connaît un déficit de liquidité structurel : il manque durablement de monnaie centrale, que Bank Al-Maghrib fournit en permanence. Ce besoin ne résulte pas des décisions de la banque centrale mais de facteurs dits autonomes, c'est-à-dire de postes de son bilan dont l'évolution échappe à son contrôle direct.
Ce que sont les facteurs autonomes
Les facteurs autonomes de liquidité bancaire (FALB) regroupent les postes du bilan de la banque centrale qui ne relèvent ni de ses opérations de politique monétaire ni des comptes des banques, et dont l'évolution n'est donc pas pilotée par la politique monétaire. La distinction entre facteurs autonomes et interventions constitue la grille de lecture habituelle de la liquidité dans les banques centrales ; appliquée à Bank Al-Maghrib, elle se lit directement sur le bilan mensuel publié.
Au Maroc, trois postes déterminent l'essentiel du besoin de liquidité.
- La circulation fiduciaire (billets et monnaies en circulation) : lorsque le public détient davantage d'espèces, la liquidité quitte les banques, ce qui en fait le premier facteur de drainage au Maroc.
- Les avoirs extérieurs nets (réserves de change de la banque centrale) : les entrées de devises liées aux exportations, au tourisme, aux transferts des Marocains résidant à l'étranger et aux investissements directs injectent de la liquidité.
- La position nette du Trésor : lorsque l'État encaisse ses recettes fiscales, son compte auprès de la banque centrale se garnit et retire de la liquidité, tandis que ses dépenses la réinjectent.
La formule (convention de signe)
- Circulation fiduciaire, comptée positivement (elle retire de la liquidité).
- Avoirs extérieurs nets, comptés négativement (ils en fournissent).
- Créances nettes sur le Trésor, dont le signe dépend du solde.
- Autres postes nets (capital, réserves, participations et postes résiduels).
La somme de ces quatre composantes donne le FALB net, c'est-à-dire le besoin de liquidité que la banque centrale doit combler ; les quatre se lisent sur le bilan mensuel de Bank Al-Maghrib, à des dates identiques.
L'identité du bilan
Parce que le bilan d'une banque centrale s'équilibre, les interventions ajoutées aux facteurs autonomes nets égalent les réserves que les banques détiennent auprès d'elle. Le besoin créé par les facteurs autonomes correspond ainsi, à ces réserves près, au montant que la banque centrale injecte. Il s'agit d'une propriété comptable du bilan et non d'une hypothèse.
Les autres postes nets
Outre les trois composantes principales, le bilan comporte d'autres postes nets, notamment le capital et les réserves de la banque centrale, ses participations et divers postes résiduels. Ils représentent une part appréciable du besoin, de l'ordre du quart, et entrent dans l'identité comptable au même titre que les autres composantes, de sorte que les omettre conduirait à ne mesurer qu'une partie des facteurs autonomes.
Fréquence et révisions
- Fréquence mensuelle : le bilan de Bank Al-Maghrib étant publié chaque mois, les facteurs autonomes offrent une lecture structurelle mensuelle, distincte du suivi quotidien des interventions.
- Révisions méthodologiques : certains postes du bilan, notamment les participations, font l'objet d'affinements méthodologiques qui introduisent une certaine variabilité dans le bloc des autres postes nets.